 |
 |
 |
 |
|
|
Est-ce la première fois que vous apercevez une tortue des bois avec un baluchon sur l'épaule? C'est que, voyez-vous, je me déplace à la recherche d'un autre lieu pour refaire ma vie. Je vois dans vos yeux un grand point d'interrogation. Vous aimeriez que je vous explique? |
| |
Depuis belle lurette, j'habitais un endroit magnifique.
J'avais tout à ma portée, enfin tout ce qu'une tortue terrestre pouvait désirer. La forêt regorgeait de petites baies, de champignons, de fleurs et de limaces, je n'avais qu'à ouvrir la bouche pour y cueillir une tendre feuillée d'aulnaies.
|
| |
|
Je suis une omnivore opportuniste, c'est-à-dire que je me nourris de ce que je trouve sur mon chemin, autant de matières végétales que de petites proies animales. |
| |
Chaque printemps, j'allais pondre mes œufs sur une plage sablonneuse, puis, je partais en randonnée. Je parcourais des distances incroyables afin de me remplir la panse. Vous me trouvez gloutonne? J'ai une excellente raison : je dois accumuler le plus de graisse possible, car je passe l'hiver au fond de la rivière, en état de torpeur.
|
Je suis un animal ectotherme, c'est pourquoi de temps à autre vous me voyez prendre des bains de soleil dans la clairière, ou sur une de mes roches préférées. J'ai besoin de cette bonne chaleur pour activer mon métabolisme. |
|
|
| |
Alors, comme je vous disais, je vivais des jours paisibles dans un coin de paradis. C'était la belle vie, je vous le concède, jusqu'à ce qu'un bon matin, un grand malheur ne survienne. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un tremblement de terre. Je me trompais rondement, c'était pire encore. Des monstres de métal grugeaient la forêt, piétinaient la faune, déchiquetaient la flore, sans aucun remord! Cela ressemblait à la fin des temps. |
|
| |
J'étais morte d'inquiétude pour mes amis, que j'imaginais aussi désemparés que moi.
Mon cœur battait très fort. J'ai entrepris de me sauver, mais vous connaissez ma vélocité! |
| |
Au bout de quelques jours, quand tout est redevenu calme, j'ai risqué un œil du côté du bosquet. Il n'y avait plus l'ombre d'un rameau, plus un arbrisseau. Plus d'arômes forestiers, plus une seule fleur de mai. Ma forêt n'existait plus. Elle avait été remplacée par un immense tapis de verdure, bien trimée, bien aseptisée, sur lequel prenaient place des humains endimanchés. Mon garde-manger s'était transformé en terrain de golf! |
| |
|
|
|
Voilà pourquoi vous me surprenez à déménager. J'en ai sûrement pour tout l'été. Allons, ne prenez pas cet air attristé! J'adore marcher dans l'herbe mouillée, j'aime découvrir des nouvelles variétés, sentir la pluie me tambouriner.
J'ai de la chance, mon abri me suit partout.
C'est vraiment pratique, vous savez!
|
|
| |
Quand j'ai peur, je me dissimule sous ma carapace, comme hier, lorsque ce colosse de chien est venu me japper à un pouce du nez. Parfois, on me confond avec un caillou. C'est parfait, je passe alors inaperçue. |
| |
|
Et puis, j'ai une bonne nouvelle à vous communiquer : Porte-Plume, la colombe, m'a appris récemment que des êtres humains avaient à cœur ma destinée. Ils se sont regroupés et ils ont décidé de protéger, avec l'aide du gouvernement, un vaste territoire où je pourrai vivre et procréer en toute liberté. |
|
|
Vous allez m'excuser, j'ai sûrement bien du chemin à faire avant de trouver cet emplacement. Mon amie l'abeille est du voyage. Elle a pris les devants du peloton, car elle est un excellent baromètre de pollution. Je ne suis pas la seule à devoir chercher un nouvel habitat. Il y a aussi tous mes amis, les autres rescapés... |
| |
|
| |
J'ai envie de vous confier un beau grand secret : j'espère de tout mon cœur rencontrer un prince charmant, car je voudrais bien m'assurer des descendants. C'est d'autant plus important, lorsqu'on fait partie des espèces menacées. Saviez-vous que sur cent bébés tortues, un seul atteindra l'âge adulte? J'ai du pain sur la planche! Allez, je me sauve. J'ai envie de profiter de cette belle journée. |
| |
|
| |
Souhaitez-moi bonne chance! |
|
 |
 |
 |
 |
|